Édito – 28e Festival Danses
et Continents Noirs

Un prologue pour ouvrir un nouveau cycle

Depuis plus de trente-sept ans, Le Centre chorégraphique James Carlès explore, rassemble et transmet des histoires, des œuvres, des pratiques et des savoirs qui ont profondément contribué à façonner la danse, la chorégraphie et les pratiques somatiques contemporaines.

Cette aventure s’est construite au fil des créations, des tournées, des rencontres, des spectacles, des stages, des entretiens et des captations, mais aussi grâce à un travail patient de recherche, de collecte, de documentation et d’édition. Elle a permis de constituer un patrimoine artistique, intellectuel et sensible dont il nous appartient aujourd’hui d’assurer la préservation, la transmission et la mise en partage.

Le Festival Danses et Continents Noirs entre désormais dans une nouvelle phase de son histoire avec le projet pluri annuel intitulé : C’EST NOTRE HISTOIRE.

Cette transformation n’est ni un retrait ni un renoncement. Elle affirme, au contraire, une ambition renouvelée : faire de DCN un espace de recherche-curation, de création, de transmission et de mise en perspective, capable d’interroger la manière dont les corpus de la danse, de la chorégraphie et des pratiques somatiques se sont constitués en Occident, et tout particulièrement en Europe.

Il s’agit de rendre visibles, lisibles et pleinement légitimes des présences, des héritages, des pensées, des esthétiques et des savoirs trop souvent marginalisés, déterritorialisés ou présentés comme extérieurs aux histoires européennes. Pourtant, les artistes, les cultures et les mondes africains et afrodescendants ont participé de manière décisive à l’émergence des modernités artistiques et culturelles Européennes. Les reconnaître ne consiste pas à ajouter quelques figures oubliées à un récit déjà écrit : cela suppose de reconsidérer le récit lui-même, ses généalogies, ses catégories et ses lignes de partage.

Ce nouveau projet se déploiera sur cinq années.

L’édition organisée du 23 octobre au 4 novembre 2026 en constituera le prologue : un avant-programme conçu comme l’ouverture d’un cycle appelé à devenir progressivement plus ample, plus fertile et plus fécond. Cette première étape permettra de poser les questions fondatrices du projet, d’en éprouver les formats et de réunir les artistes, chercheurs, pédagogues, praticiens, institutions et publics qui contribueront à son développement.

Nous aurons l’immense honneur d’accueillir Madame Sylvia Waters, ancienne danseuse de l’Alvin Ailey American Dance Theater et de la compagnie de Maurice Béjart, ancienne directrice artistique d’Ailey II et aujourd’hui responsable senior du patrimoine au sein de l’organisation Alvin Ailey, à New York. Sa présence donnera à ce prologue une profondeur historique et humaine exceptionnelle. Elle permettra de mettre en dialogue les mémoires, les transmissions et les responsabilités qui accompagnent l’institutionnalisation, la diffusion, la préservation d’un patrimoine chorégraphique vivant.

Cette édition sera également l’occasion de rendre hommage à Madame Elsa Wolliaston, disparue en mars 2026. Artiste, pédagogue et figure majeure de la danse contemporaine, elle laisse une œuvre, une pensée du corps, de la chorégraphie et une qualité de présence qui continueront longtemps d’irriguer nos pratiques et nos imaginaires. Lui rendre hommage, ce n’est pas seulement saluer une trajectoire essentielle : c’est maintenir en mouvement ce qu’elle nous a transmis.

Ce prologue inaugurera enfin un cycle de diffusion hybride, croisant les rencontres en présence, les spectacles, les conférences, les ateliers et les performances avec nos ressources audiovisuelles, documentaires et éditoriales numériques. Le présentiel et le digital ne seront pas conçus comme deux espaces séparés, mais comme les dimensions complémentaires d’une même politique de transmission, d’accessibilité et de circulation des savoirs.

À l’heure où sous l’impulsion des jeunes et téméraires universitaires en Afrique, dans les Caraïbes, et en Europe ; les pensées décoloniales et transmodernes rencontrent le renouvellement des recherches en histoire, philosophie, esthétique, philologie, linguistique, anthropologie, humanités chorégraphiques et globalement les humanités africaines et afrodescendantes. Le festival DCN poursuit son travail de produire des repères solides et d’ouvrir des espaces de travail exigeants.

Nous souhaitons offrir aux artistes, chorégraphes, interprètes, chercheurs, historiens, anthropologues, praticiens somatiques, critiques, pédagogues, décideurs publics, acteurs culturels et citoyens des matériaux et des cadres permettant de lire, de relier, de resituer, d’approfondir, de publier, de transmettre et de créer autrement.

Ce qui s’ouvre en 2026 n’est donc pas une simple succession d’événements. C’est le commencement d’une vaste fresque critique, artistique, culturelle et politique. Une invitation à revisiter les sources, les héritages, les épistèmes, à déplacer les regards, à faire dialoguer les mémoires et à contribuer, collectivement, à l’émergence d’un nouveau cycle de recherche, de création et de reconfiguration des imaginaires — en France, en Europe et dans le monde.

Cette édition est un seuil.
Franchissons-le ensemble !

James Carlès
Artiste chorégraphique, Chercheur, Fondateur,
Directeur artistique et général du groupe James Carlès

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