James Carlès · La Fresque

Faire Œuvre,
faire trace
pour tenir debout et créer des continuités

La scène est le point de départ. James Carlès danse, crée, enquête et rassemble. D’un répertoire arraché à l’oubli à un solo traversé par le sacré, du Cameroun à Toulouse et aux scènes internationales, son œuvre affronte une même nécessité : tenir debout, faire trace, ouvrir des continuités. RESET – KĒĒ en est le socle vivant.

Entrer dans la fresque
James Carlès, lunettes et vêtement rouge, dans Coupé-décalé

Un parcours, plusieurs entrées

Le corps. Les œuvres.
Ce qui se transmet.

Entrez par une œuvre, une rencontre ou une question. Parcourez les neuf chapitres, puis ouvrez le récit et les sources à votre rythme.

Le parcours

Tenir debout

Prendre place. Reprendre la parole. Danser avec ce que la violence a laissé, et avec ce qu’elle n’a pas détruit. James Carlès fait de la création une réponse au racisme, à la honte et à l’effacement.

Danseur debout en équilibre sur un banc, un bras tendu
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Corps et visage projeté sur scène

Avant le plateau, il y a les violences reçues. Le racisme, le bégaiement, la honte, la haine de soi : James Carlès nomme ce qu’il a fallu traverser pour pouvoir paraître, parler et danser. Tenir debout engage cette histoire entière. Un corps se présente au regard des autres avec ce qui l’a atteint et ce qu’il invente pour ne pas y être réduit.

La création déplace le rapport de force. Interpréter, composer, reprendre la parole : James Carlès construit des formes à partir d’une existence que la violence aurait pu enfermer. Les œuvres gardent les contradictions, l’humour, le désir et la colère. Elles font place à un sujet qui agit.

« il faut que les mots soient forts à la hauteur de la violence reçue et à la hauteur de la violence qu’il a fallu mettre en oeuvre pour se défaire de cette violence-là. Il ne faut jamais l’oublier »

— James Carlès, témoignage.

Faire œuvre, c’est donner forme à cette présence. Faire trace, c’est lui permettre de durer au-delà de la représentation. La pièce, la parole, le film et l’archive répondent à des dimensions différentes du même risque d’effacement. Il faut pouvoir créer, mais aussi retrouver les noms, les gestes et les relations qui ont rendu cette création possible.

Dans ce parcours, le racisme agit à plusieurs niveaux : la violence subie par une personne, les assignations qui enferment un artiste dans une origine, l’effacement de filiations dans l’histoire de la danse, la hiérarchie qui sépare les savoirs légitimes de ceux auxquels on refuse ce statut. Ces mécanismes ne produisent pas les mêmes blessures. Ils commandent plusieurs réponses : la scène, la reconstruction des répertoires, la recherche et la construction de lieux où ces savoirs peuvent agir.

Danse noire / Black Dance remonte les œuvres et restitue leurs filiations ; Corpus Africana fait travailler ensemble artistes et philosophes sur les conditions de reconnaissance des pensées africaines et afrodescendantes. L’engagement se mesure dans ces actes, dans leurs moyens, dans les personnes réunies et dans les œuvres rendues à nouveau présentes.

James Carlès prend publiquement la parole sur le corps et la relation : Les langages du corps — TEDxToulouse, vidéo publiée en 2013, puis La danse, créatrice de lien social — TEDxINSAToulouse, vidéo publiée en 2021.

Le parcours

Les premières écoles

La mère, la grand-mère maternelle, le père, le grand-père paternel : deux lignées transmettent une dimension ontologique et cosmologique. KĒĒ est une première école de l’existence, du corps et de la relation au monde. Cet héritage rencontre les sciences, le management et la création sans s’y dissoudre.

Accompagnement d’un geste en studio
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La première école est une famille, au Cameroun. Le père et le grand-père paternel, la mère et la grand-mère maternelle transmettent un héritage ontologique et cosmologique : une manière d’être, de comprendre la place du corps et de se situer dans le monde. Ces deux lignées transmettent des relations, des savoirs et des façons d’habiter l’existence. Réduire cet héritage à une « tradition artistique » au sens occidental en retrancherait la portée. Les gestes, les paroles, la musique et les cérémonies participent de cette transmission entière ; ils ne constituent pas un domaine esthétique séparé de la vie.

KĒĒ demeure actif dans cette histoire. Observer, écouter, mémoriser, fabriquer un instrument, éprouver un rythme : des opérations s’apprennent avant de recevoir le nom de « formation ». Les reconnaître change le récit. Le parcours ne commence pas au moment où une institution européenne délivre un diplôme.

Balafon, tambour, pratiques musicales, cérémonies : le son se fabrique et se partage. Cette expérience engage la main, l’oreille, la mémoire et la relation. James Carlès y puise une distinction qui restera décisive : disposer de ressources et développer des compétences sont deux choses différentes. L’absence d’un accès institutionnel ne signifie pas l’absence de savoir.

Ingénieur en agronomie et DA en gestion et création d’entreprise, James Carlès met aussi au travail les sciences et le management. Le dossier public de la compagnie rattache ces formations à Purpan et à la FESIC, et mentionne un DEUG de chimie-physique à l’Université Paul-Sabatier. Observer un système vivant, analyser ses relations, organiser une activité : ces apprentissages rencontrent ceux du danseur et du chorégraphe. La rencontre ne supprime pas leurs tensions, notamment entre ce qui se mesure, ce qui s’éprouve et ce qui doit pouvoir durer économiquement.

À Paul-Sabatier, l’histoire de la pensée scientifique lui fait rencontrer les traditions arabo-musulmanes. Cette découverte résonne avec l’histoire de son père musulman. Les savoirs circulent entre l’expérience familiale, les études et la recherche artistique ; chaque déplacement oblige à reconsidérer ce que l’on croyait séparé.

La formation jésuite laisse elle aussi un héritage conflictuel : rigueur, pensée critique et violences vécues coexistent. James Carlès ne résout pas cette contradiction en effaçant l’une de ses faces. Psaumes en prolongera la question dans le corps de l’interprète, entre croyance, interdit et transgression.

À New York et à Londres, la danse moderne ouvre d’autres écoles du mouvement. Classique, modern jazz, pratiques africaines et afro-descendantes, pratiques somatiques : James Carlès travaille leurs différences et leurs passages. Avec Concerto 5.31, Carolyn Carlson écrit pour lui un solo. Le parcours se construit aussi dans cette rencontre précise : un autre regard compose avec le danseur qu’il est devenu.

La pluralité de ces formations nourrit un artiste qui refuse l’assignation. Son origine ne fixe ni la liste des œuvres qu’il peut interpréter, ni les traditions qu’il peut étudier, ni les formes qu’il peut inventer. Les sciences, le management, l’art et la recherche se rencontrent dans des problèmes concrets : composer, faire travailler un collectif, produire une œuvre, préserver une autonomie.

La transmission naît de ce travail de création. Ce que l’artiste éprouve et transforme devient une question partageable : comment composer avec ses ressources, développer une capacité, reconnaître un savoir ? RESET – KĒĒ donnera une forme explicite à ces passages.

L’exposition Les racines de la diversité en danse contemporaine met en relation les courants, les œuvres et les techniques. Ces filiations font partie du travail de l’artiste : les étudier, les éprouver, leur donner une présence scénique.

Générique de Concerto 5.31

Pour Concerto 5.31, le CCN de Roubaix intervient en coproduction et l’Atelier de Paris Carolyn Carlson en soutien. Le récit de la création présente un solo écrit par Carlson pour Carlès ; le champ « chorégraphie » de la notice associe les deux noms. Ces deux formes de crédit appartiennent à la documentation de l’œuvre.

Le socle

RESET – KĒĒ

2016 : la dette, l’épuisement, la possibilité même de continuer. « Faire système avec ce qui reste » : ce qui reste, c’est le corps. La tension vécue entre le mental et le corps oblige à repartir de cette présence. De cette nécessité naît RESET, qui révèle l’unité Soma–Danse–Chorégraphie.

Corps allongé de côté, un bras déployé
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2016 est le moment de bascule. James Carlès le nomme sans détour : une situation limite, la dette, l’épuisement. La question devient celle de la possibilité de continuer. Avec quelles ressources ? Selon quelle organisation ? Comment faire tenir ensemble un corps, un travail de création, une activité de transmission et les responsabilités qui les accompagnent ?

Sa réponse tient dans cette formulation : « faire système avec ce qui reste ». Ce qui reste, c’est le corps. Le mental et le corps sont pris dans une tension vécue : vouloir continuer ne suffit plus lorsque l’épuisement engage la possibilité même d’agir. Le corps éprouve cette limite ; il est aussi ce à partir de quoi une réponse peut se construire. Repartir de lui exige de remettre la pensée en relation avec l’expérience corporelle. C’est de cette nécessité que naît RESET, dans le moment de bascule que James Carlès situe en 2016. KĒĒ, les apprentissages et les expériences accumulées deviennent les ressources de cette reconstruction.

2016 — la nécessité commande la réponse

À Toulouse, James Carlès porte une activité de création et de transmission ouverte aux circulations internationales. La bascule de 2016 concerne l’ensemble de cette activité, son corps et ses responsabilités.

2016 est un tournant existentiel et un travail de mise en cohérence. La présentation de ses recherches situe dès 2015 le développement de RESET et de la James Carlès Dance Methodology, tout en employant RESET pour décrire des activités plus anciennes. Les pratiques précèdent certaines de leurs appellations. Leur histoire, leur formalisation et la reconnaissance de leur unité suivent des temporalités distinctes.

La dette et l’épuisement imposent une limite que la volonté seule ne déplace pas. Faire système demande alors de partir du corps qui est là, de ses capacités comme de ses limites, pour réorganiser l’action. La tension mental-corps devient une question de travail : comment penser depuis ce qui est éprouvé, et comment rendre la pensée opérante dans le corps ? RESET se construit dans ce passage, puis relie les ressources matérielles, les responsabilités et les conditions corporelles de la continuité.

Le travail consiste à recoder des expériences jusque-là parfois menées en silos. Danser, chorégraphier, travailler la perception, transmettre, analyser, diriger : ces activités ont accumulé des outils qui doivent désormais pouvoir se parler. Le recodage rend leurs opérations lisibles et leurs relations transmissibles. Il répond à une urgence de vie autant qu’à une exigence de pensée.

L’expérience personnelle devient matière de transmission. La nécessité de tenir debout conduit à examiner les conditions dans lesquelles d’autres pourront apprendre, créer et agir. RESET – KĒĒ engage à la fois l’histoire d’un corps et l’organisation des moyens de transmettre.

Corps allongé de côté, un bras déployé

KĒĒ — la première école demeure active

Son grand-père apprend à James Carlès à observer les gestes, mémoriser les paroles, regarder l’environnement et réfléchir à partir de quelques mots. KĒĒ est cette première école de l’attention et de la rigueur. Elle précède les cursus européens et participe à sa manière d’aborder le réel.

Il insiste sur une distinction décisive : ressources et compétences. Accéder à d’autres informations ou à d’autres institutions ne signifie pas que les personnes formées dans les traditions endogènes seraient dépourvues de compétences. Cette distinction engage une politique de la reconnaissance : qui décide de ce qui constitue un savoir, une formation, une capacité ?

La bascule de 2016 ne crée pas KĒĒ. Elle révèle sa place dans des pratiques développées tout au long du parcours. La mère, la grand-mère maternelle, le père et le grand-père paternel appartiennent à cette généalogie. La dimension ontologique et cosmologique de leur transmission demeure active : elle engage la façon d’exister et de se relier au monde, jusque dans le travail du corps. KĒĒ n’est pas un réservoir de formes à prélever. Cette première école continue d’orienter l’expérience, au contact des formations et des rencontres ultérieures.

La collection entre dans cette école. James Carlès explique qu’il travaille avec les objets, les masques et la statuaire pour faire comprendre des opérations de composition : rythme, asymétrie, proportion, disproportion, gauchissement. L’objet rend perceptible une question que le corps explore à son tour. Les formes conservées deviennent des ressources de recherche et d’enseignement.

Dans ce travail, les collections sont aussi des ressources actives. Un masque, une sculpture, un instrument ou un document mettent en relation une expérience, une forme et une opération de composition. Le patrimoine entre dans la pratique du corps et dans la transmission.

Mains sur une percussion

Le Brésil — une reconnaissance qui rend l’unité visible

James Carlès situe dans la reconnaissance extérieure, notamment au Brésil, une étape de compréhension de son propre travail : Soma–Danse–Chorégraphie apparaît comme une unité. Ce que le parcours avait parfois distribué entre plusieurs activités devient lisible dans ses relations. Cette reconnaissance intervient dans son récit comme un révélateur de ce qui était déjà au travail.

À Salvador, le secrétariat à la Culture de l’État de Bahia annonce, le 11 avril 2019, la treizième édition de VIVADANÇA. James Carlès est programmé le 24 avril au Teatro Vila Velha dans Happi, La Tristesse du Roi, chorégraphie de Heddy Maalem. L’annonce le situe aussi dans la rencontre du 18 avril avec Paullo Fonseca et Hugo Rojas, modérée par Mamadou Gaye, directeur de l’Alliance française, dans le cadre de Conversas Plugadas du Teatro Castro Alves. Elle souligne sa recherche sur la diaspora noire et l’articulation entre tradition et modernité. Lire l’annonce institutionnelle de Bahia.

La trace brésilienne de 2019

L’annonce de Bahia documente la programmation de 2019 et ses interlocuteurs. La reconnaissance de l’unité Soma–Danse–Chorégraphie relève du témoignage de James Carlès : celui-ci n’identifie pas un épisode daté qui pourrait être assimilé à cette programmation.

Le regard extérieur aide à reconnaître une cohérence. Le savoir vient aussi de KĒĒ, des apprentissages et des recherches conduites au fil du parcours. Au Brésil, cette histoire rencontre d’autres interlocuteurs et d’autres espaces de transmission.

Soma–Danse–Chorégraphie — rendre les passages transmissibles

Le recodage relie l’expérience à l’outil, l’outil à la pratique et la pratique à la composition. Soma–Danse–Chorégraphie nomme cette unité : éprouver le corps, travailler le mouvement, composer les relations entre gestes, espaces et présences.

La compagnie distingue aujourd’hui RESET Soma & Fit, consacré au travail somatique, et RESET Dance & Choreography, consacré à la formation du danseur et à la création. Ces deux ensembles participent à une démarche de construction, déconstruction et reconstruction. Lire la formulation de la compagnie.

Nommer un geste, en éprouver les variations, relier une perception à une intention : la formalisation naît de la pratique. Le vocabulaire sert à retrouver une expérience et à la partager. Une qualité de mouvement devient une prise pour composer, et la composition ouvre à son tour de nouvelles questions corporelles.

La respiration, la posture, la perception et l’intention se travaillent ensemble. James Carlès construit des passages entre la préparation corporelle et le geste dansé, puis entre le geste et la chorégraphie. L’unité Soma–Danse–Chorégraphie demeure la question centrale, quelle que soit la situation de pratique.

Différencier des qualités de mouvement, les relier à une intention, travailler les passages entre elles : ces opérations font du corps un lieu d’exploration. La présentation publique de RESET expose les cadres de pratique et leur articulation. Leur portée se comprend dans le travail corporel et artistique auquel ils donnent accès.

Du studio à la transmission — changer de cadre sans perdre la question

Les actes du stage de Passeurs de danse de 2018 rendent compte d’un atelier de James Carlès consacré notamment à la préparation corporelle et à la musicalité. La restitution d’Aurélia Jumeau donne accès à la réception et à la formulation de cette pratique par une autre personne. Lire les actes du stage.

La chaîne se prolonge dans l’enseignement supérieur. Le dossier de diffusion et de médiation de la compagnie, version 2023, p. 6, associe explicitement RESET, posture du manager, communication non verbale, gestion et prévention des conflits à l’Institut catholique de Toulouse. Il présente aussi RESET dans les interventions liées à Toulouse 2 Jean-Jaurès / Mundus Europhilosophie et à l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Lire le dossier, p. 6.

Le corps engage la présence, la relation et la manière d’agir avec d’autres. À l’Institut catholique de Toulouse, le dossier décrit ce déplacement vers la posture du manager, la communication non verbale et la gestion ou la prévention des conflits. Il documente les applications ; il ne fournit pas d’évaluation chiffrée de leurs effets.

À Sciences Po Toulouse, la création ouvre l’enquête sur les circulations des danses urbaines, le coupé-décalé et la géopolitique. Le dossier de diffusion de 2023 en décrit les objets. Ce déplacement part de la scène et des recherches de l’artiste ; il engage l’histoire, la décolonialité et les conditions de reconnaissance des savoirs du corps.

Les outils passent du studio à l’enseignement supérieur, de l’expérience corporelle à l’analyse des relations et des cadres collectifs. Ils rencontrent d’autres destinataires et d’autres situations d’usage. Chaque déplacement transforme les conditions de transmission.

Gouverner, transmettre, reconnaître — la portée décoloniale du socle

La bascule de 2016 pose une question de gouvernance : comment organiser la continuité lorsque le corps et les ressources atteignent une limite ? James Carlès inscrit les applications managériales et la gouvernance dans la portée de RESET – KĒĒ. Faire système engage la manière de décider, de transmettre les responsabilités et de rendre les ressources accessibles.

Faire durer une œuvre et un lieu demande de transmettre les responsabilités. Une expérience entièrement attachée à celui qui la porte demeure vulnérable. Nommer les opérations, partager les critères, organiser l’accès aux ressources : la gouvernance se construit à partir de cette nécessité de continuité, rencontrée de manière aiguë en 2016.

Sa portée décoloniale tient à la place donnée aux savoirs et à leurs auteurs. KĒĒ, les apprentissages familiaux, les formes et les pensées africaines participent à la production d’outils. Leur reconnaissance engage la définition même de ce qui fait méthode. Les sciences et les formations académiques restent actives dans ce travail ; elles ne constituent pas le seul lieu à partir duquel l’intelligence du corps pourrait être reconnue.

Cette question rejoint Corpus Africana. Le programme de 2018 et les textes de James Carlès documentent une étape publique du travail avec Jean-Christophe Goddard, où pratique corporelle, pensée et décolonialité se rencontrent. Voir le dossier du festival et de Corpus Africana.

Les quatre projets fondateurs éclairent cette matrice, chacun à partir de son histoire. Danse noire / Black Dance travaille les filiations et la transmission des œuvres ; Coupé-décalé, les circulations, les représentations et la construction scénique ; Corpus Africana, les rapports entre recherche, corps et pensée décoloniale ; Psaumes, le travail de l’interprète, les conflits du sacré et les collaborations. Leurs génériques donnent à chaque auteur, interprète et partenaire sa place.

Mains face à leur reflet

Mains ouvertes et croisées

Jusqu’à aujourd’hui — des outils, des écrits et des dispositifs actifs

La présentation actuelle de RESET déploie deux méthodes et leurs cadres de pratique. Respiration, énergie, souplesse, élasticité et tonicité forment l’acronyme. Ces mots conduisent au travail du corps, à la création et aux conditions dans lesquelles l’expérience peut se transmettre.

La diffusion vidéo, les supports de formation et les ressources consultables donnent d’autres accès à la pratique. Les archives deviennent des matériaux que l’on peut retrouver, confronter, enseigner et transmettre. La circulation des documents prolonge celle des gestes.

La continuité tient à cette question : comment faire durer ce qui a été éprouvé, pensé et construit ? En 2016, elle part de la dette, de l’épuisement et de la nécessité de faire système. Elle passe par la reconnaissance du socle KĒĒ, le recodage des expériences, l’unité Soma–Danse–Chorégraphie et la construction d’outils. Elle se poursuit dans les corps, les œuvres, la pédagogie, les organisations et les archives. Le numérique et l’IA prennent place parmi les moyens de cette continuité.

Les œuvres

Danse noire / Black Dance

Faire revenir les œuvres sur scène. Retrouver leurs auteurs, leurs partitions, leurs transmetteurs. Danse noire / Black Dance reconstruit des répertoires et rétablit des filiations afro-descendantes dans l’histoire de la danse moderne.

Danseur sur un banc, un bras levé
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Remettre une œuvre sur scène oblige à retrouver bien davantage que des pas. Il faut des partitions, des mémoires, des corps qui savent et des personnes habilitées à transmettre. Avec Danse noire / Black Dance, James Carlès et sa compagnie engagent ce travail sur les répertoires afro-descendants. La reconstruction produit une présence scénique et une histoire à nouveau consultable.

Dans son éditorial du festival de 2018, James Carlès décrit une difficulté précise : les créations afro-descendantes en Occident manquent de repères historiques reconnus ; leur réception par les institutions et le public en souffre. L’absence de ces filiations prive aussi des artistes de la légitimation que l’histoire de l’art accorde à d’autres. Lire cet éditorial, p. 2.

La recherche avance dans la rencontre : confronter un film à une partition, reprendre un geste avec un transmetteur, chercher une qualité de présence que l’image seule ne restitue pas. Katherine Dunham, Pearl Primus, Talley Beatty et Asadata Dafora ont des œuvres, des écritures et des histoires distinctes. Les réunir dans un travail de répertoire exige de maintenir ces différences.

Barrel House Blues en donne un exemple précis. Katherine Dunham crée l’œuvre en 1938. La répétition filmée en 2009 crédite le remontage selon partition Laban par Sylvie Duchesne, le coaching de Cleo Parker Robinson et la supervision de Marie-Christine Dunham-Pratt. La partition, les personnes et le film documentent des contributions différentes à une même transmission.

Pour Rites de passage, la fiche de notation du Centre national de la danse cite les ateliers de reconstruction commandés par l’APCA–compagnie James Carlès en septembre 2008, avec Emilio Lastarria et Jacqueline Walcott Goldman, ainsi que les archives et témoignages de Marie-Christine Dunham-Pratt. Elle localise la partition au CND, au CNSMDP et à l’association Labkine. La commande artistique, le travail de restitution et les lieux de conservation sont ainsi identifiables.

Mourner’s Bench conduit à Talley Beatty et à la transmission liée à Joan Myers Brown et à Philadanco. Voir la notice et le film. Hard Time Blues conduit à Pearl Primus et à une autre chaîne de transmission. Voir la ressource.

Qui accueille, qui conserve, qui reconnaît. Le Centre national de la danse à Pantin programme Katherine Dunham, danser avec les dieux, du 1er au 4 avril 2009, avec la compagnie James Carlès. Numéridanse donne accès à des ressources de son fonds. Le Bulletin officiel de l’Éducation nationale de 2011 crédite James Carles Nganou Tchokoté pour le remontage de The Negro Speaks of Rivers de Pearl Primus, interprété par Mylène Berthol dans le répertoire d’examen. Cette pièce établit une contribution ministérielle précise.

Des œuvres sont remontées, enseignées, diffusées et documentées ; leurs auteurs et leurs transmetteurs deviennent identifiables. Le travail donne des ressources à la pratique et à l’histoire chorégraphique.

En 2014, l’Université Toulouse Jean-Jaurès documente le partenariat avec le festival et le travail autour du New Dance Group dans Quand la recherche s’associe à l’artistique. Le répertoire rejoint ainsi des programmes de recherche, et non seulement une programmation de spectacles.

Le webdocumentaire Danses Noires prolonge cette mise à disposition : conception Julie Charrier avec James Carlès, réalisation Bérénice Meinsohn, inventaire et numérisation du fonds par Céline Poitrine. Les racines de la diversité en danse contemporaine constitue une autre exposition, conçue et éditorialisée par James Carlès, avec des textes de James Carlès et Idriss Jendoubi. Explorer cette exposition.

Danse noire / Black Dance désigne le projet de répertoire ; Danses Noires, le webdocumentaire ; Les racines de la diversité en danse contemporaine, l’exposition. Ces formes liées ont leurs auteurs, leurs supports et leurs fonctions. Elles rendent lisibles des filiations dans lesquelles la danse moderne occupe une place entière.

Nathalie Coutelet, Féral Benga : de la danse nègre à la chorégraphie africaine, 2012 poursuit l’enquête sur une figure et sur les catégories qui l’ont désignée. L’étude de Nathalie Coutelet permet d’interroger ensemble les mots de l’histoire et les trajectoires chorégraphiques.

Ce travail s’écrit aussi. La Bibliothèque municipale de Lyon recense le dossier signé James Carlès dans Danser, n° 285, mars 2009, consacré notamment à Asadata Dafora, Pearl Primus, Talley Beatty et Katherine Dunham. La scène et l’écriture participent au même effort : donner aux œuvres les repères historiques dont leur réception a besoin.

Le reportage de Rosita Boisseau dans Le Monde, le 29 octobre 2024, retrouve cette continuité au festival Danses & Continents Noirs. Il évoque la conférence dansée de Carlès autour de Katherine Dunham et Pearl Primus et annonce la mise à disposition des films de leurs œuvres remontées. La reconstruction continue ainsi de produire de la scène, de la parole et des ressources consultables.

Les œuvres

Coupé-décalé

Une enquête entre Europe et Côte d’Ivoire. Un spectacle à deux écritures. James Carlès interprète le solo créé avec et pour lui par Robyn Orlin et chorégraphie On va gâter le coin ! Le rire rencontre l’histoire politique ; le plateau prolonge l’enquête.

Interprète en costume rouge, bras levé dans Coupé-décalé
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Toulouse, 2014. James Carlès entre en scène dans le solo que Robyn Orlin a composé avec et pour lui. Le rire, l’adresse au public et la charge politique y travaillent ensemble. Puis On va gâter le coin !, qu’il chorégraphie, déplace le spectacle vers la pièce de groupe. Un même projet, Coupé-décalé, fait tenir ces deux écritures et ces deux responsabilités.

Avec et pour engage le travail de création : le corps, la présence et l’histoire de James Carlès participent à ce qui se compose. La chorégraphie de Robyn Orlin et la contribution de l’interprète ont chacune leur place. Les archives de La Place de la Danse identifient le CDC de Toulouse à la production déléguée du spectacle et documentent sa tournée en France et en Belgique.

Le projet vient d’une enquête sur une danse qui circule entre l’Europe et la Côte d’Ivoire. Comment en saisir les gestes, les usages, la puissance sociale, au-delà de l’effet de mode ? James Carlès recueille les paroles des passeurs et filme les pratiques. Le contexte de guerre, les déplacements et les inventions de la jeunesse entrent dans la recherche qui nourrit le plateau.

Dans le documentaire diffusé par Numéridanse, cette enquête reste accessible à côté du spectacle. La création ne ferme pas la recherche : elle lui donne une autre forme, une autre adresse et d’autres contradictions à travailler.

Partie Écriture et rôle de James Carlès Pièce documentaire
I Am Not a Subculture, Rather a Gallery of Self-Portraits with a History Walking in Circles Solo de Robyn Orlin, créé avec et pour James Carlès, qui l’interprète. Critiques de 2014 et documentation du projet.
On va gâter le coin ! Chorégraphie de James Carlès ; la notice audiovisuelle crédite la musique à James Carlès et Charles Rostan. Coupé décalé, deuxième partie, collection du Centre national de la danse.

Le film de spectacle de 2014, d’une durée annoncée de 102 minutes, réunit des fonctions précises : Denis Caïozzi à la réalisation, 24 images à la production, Arte Live Web et GIE Grand Ouest à la diffusion. 24 images en donne le générique. Le documentaire proposé sur Numéridanse, d’une durée annoncée de 26 min 11, est un autre objet. Le CND est crédité à la réalisation du film de la deuxième partie.

Le spectacle reçoit des lectures qui en saisissent la force de présence, le jeu avec le public et la portée politique. Rosita Boisseau dans Le Monde et La Terrasse à propos du passage au CND donnent accès à cette réception. Les critiques parlent depuis leur regard ; les génériques précisent les rôles.

La diffusion se retrouve à La Réunion dans le programme des TEAT de 2014, et à Liège dans le relais culturel de l’université en 2015. Le dossier de diffusion de 2023 inscrit aussi le cas du coupé-décalé dans des interventions sur les circulations des danses et la géopolitique. Lire le dossier, p. 6. La création devient un moyen d’enseigner une question documentée par l’enquête.

Crédits et éditions de presse

Les génériques distinguent le solo de Robyn Orlin, interprété par James Carlès, et la pièce de groupe chorégraphiée par Carlès. Certaines légendes de presse inversent cette répartition. Le titre du Monde varie entre le papier et le web. La critique de Libération est datée du 17 février 2014 sur le web et du 18 février dans l’édition papier : deux supports pour une même critique.

Les œuvres

Corpus Africana

Toulouse, 2018. James Carlès, Jean-Christophe Goddard et Marc Maesschalck réunissent artistes et philosophes. Corpus Africana ouvre un espace précurseur en France où création chorégraphique et recherche décoloniale produisent du savoir ensemble.

Prise de parole au microphone
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Toulouse, automne 2018. Des philosophes et des artistes venus d’Afrique, des Amériques, des Caraïbes et d’Europe se retrouvent dans les mêmes espaces. On y danse, on y pense, on y discute les conditions mêmes dans lesquelles une pensée peut être reconnue. Corpus africana : Philosophies et danses actuelles d’Afrique et de ses diasporas ouvre cette rencontre du 27 octobre au 9 novembre, avec un prélude annoncé le 25 octobre.

L’enjeu est conflictuel : faire entrer dans l’université des pensées africaines et afrodescendantes tenues à distance, et reconnaître le corps comme lieu de production de savoir. Le festival engage cette question dans des ateliers, des conférences, des films et des spectacles. La philosophie se confronte à ce que la danse fait ; la danse intervient dans la production de la pensée.

James Carlès, Jean-Christophe Goddard et Marc Maesschalck sont nommés comme organisateurs dans l’appel publié le 29 juin 2018, de source Université Toulouse Jean-Jaurès. Le festival Danses et Continents Noirs, EuroPhilosophie et le Centre de philosophie du droit de l’Université catholique de Louvain participent au dispositif. L’appel identifie également le comité d’organisation.

La rencontre de James Carlès et Jean-Christophe Goddard rend ce déplacement possible dans un lieu et avec des moyens. Carlès engage le centre et le festival ; Goddard relie cet espace à la recherche philosophique. Leurs éditoriaux ouvrent le programme public de 2018. L’accueil conjoint annoncé le 29 octobre matérialise ce travail : l’artiste est organisateur et interlocuteur de la recherche.

Éditorial de James Carlès, festival Danses et Continents Noirs, 2018 Éditorial de Jean-Christophe Goddard, festival Danses et Continents Noirs, 2018

Le programme annonce notamment Achille Mbembe, Rita Segato, Mehdi Alioua, Laënnec Hurbon, Lewis Gordon, Funmi Adewole et Kehinde Ishangi. Les perspectives se croisent sans se confondre. Ce réseau international met au travail les rapports entre corps, race, pouvoir, histoire et production des savoirs. Les films des rencontres permettent aujourd’hui de suivre les interventions conservées.

Psaumes #02 entre dans cette rencontre par un entretien annoncé le 2 novembre, puis par les représentations des 5 et 6 novembre. L’œuvre de l’interprète et la recherche partagent le même événement. Dans l’échange conservé entre Germaine Acogny, James Carlès et Zora Snake, les artistes prennent eux-mêmes la parole. La présence de la scène traverse l’espace philosophique.

Les textes et les vidéos permettent de reprendre le travail après l’événement. Le CV de Lewis Gordon conservé par l’Université du Connecticut mentionne son intervention à Toulouse en novembre 2018. Numéridanse répertorie Goddard, Gordon et la rencontre entre Germaine Acogny, James Carlès et Zora Snake.

James Carlès et ce collectif jouent un rôle précurseur en France dans l’articulation de la création chorégraphique, de la philosophie africana et de la recherche décoloniale. L’initiative, les organisateurs, le programme et les captations de 2018 sont publics. Cette histoire a des auteurs. La transmettre exige de restituer le travail de Carlès, Goddard, Maesschalck et de leurs partenaires, avec les responsabilités qui furent les leurs.

Les textes intellectuels interviennent dans le travail

Dans Philosophie et Danse africana. Décoloniser l’Université, signé Norman Ajari et Jean-Christophe Goddard le 12 octobre 2018, l’exclusion des savoirs, la violence coloniale, les rapports de domination et la contestation des recherches décoloniales sont nommés au moment de la rencontre. Le conflit est constitutif de cet espace de travail. L’événement engage les conditions de reconnaissance des pensées africaines et afrodescendantes au sein de l’université.

Le compagnonnage avec Jean-Christophe Goddard se prolonge dans une pensée qui travaille les hiérarchies de la connaissance. Son livre Ce sont d’autres gens. Contre-anthropologies décoloniales du monde blanc, publié chez Wildproject en 2024, ouvre la confrontation avec des pensées que l’ordre colonial a minorées. L’ouvrage demeure celui de Goddard ; il entre ici dans un réseau de recherches et de rencontres auquel la création participe.

Noirceur, de Norman Ajari examine race, genre, classe et pessimisme dans la pensée africaine-américaine. L’analyse de la violence antinoire ouvre une question qui traverse ce parcours : comment lire les corps à partir des conditions de leur existence ? L’ouvrage porte les thèses de Norman Ajari.

Dans son Cahier décolonial I, Marc Maesschalck revient sur le croisement de traditions de pensée tenté à Toulouse en octobre 2018 et renvoie à Corpus Africana. Cette reprise écrite prolonge l’événement : les relations nouées continuent à travailler les recherches au-delà du festival.

Les œuvres

Psaumes

Un corps, des héritages religieux en conflit, trois rencontres chorégraphiques. James Carlès demande à Mark Tompkins, Heddy Maalem et Ali Moini d’écrire pour et avec lui. Le sacré devient une matière scénique.

Interprète en costume sombre tenant une pomme rouge
Lire, voir et explorer les sources

Trois chorégraphes, un interprète, des conflits qui viennent de loin. Avec Psaumes, James Carlès engage son corps dans la question du sacré et demande à Mark Tompkins, Heddy Maalem et Ali Moini d’écrire pour et avec lui. Le dossier d’octobre 2017 annonce un cycle de soli sur 2017–2019. Toulouse, le festival Corpus Africana et Angers en jalonnent les créations et les présentations.

Le cycle part des conflits religieux vécus par James Carlès. Dans le dossier, il écrit :

« Je suis catholique et animiste, né d’un père musulman et animiste, d’une mère chrétienne et très pratiquante »

« La transgression a donc, depuis le bas âge, fait partie de mon quotidien. Toujours présente, jamais assumée. »

— James Carlès, « Point de départ », dossier Psaumes, p. 3.

Des rites pratiqués aux interdits religieux, l’expérience familiale place l’enfant puis l’artiste devant des appartenances difficiles à concilier. Le passage vers une société qui revendique sa laïcité déplace encore le conflit. Psaumes le porte sur scène : comment habiter ces héritages sans mutiler une part de soi ?

« Et si j’étais tout cela à la fois ? Et si je n’étais rien de tout cela ? »

James Carlès formule le projet, sollicite d’autres écritures et interprète les solos. La compagnie James Carlès Danse & Co assure la production. Mark Tompkins, Heddy Maalem et Ali Moini créent pour et avec lui. Cette relation n’efface pas les génériques propres à chaque version.

Génériques des trois volets de Psaumes, dossier 2017

Volet Travail et rôles documentés Production, lieux et traces
Psaumes #1 — Holy Roller Chorégraphie Mark Tompkins ; interprétation James Carlès ; scénographie et costumes Jean-Louis Badet ; lumières Badet et Tompkins. Dossier 2017 : création annoncée en novembre à La Fabrique–CIAM, soutien et résidences CND Pantin, La Fabrique et La Vannerie.
Psaumes #2 — Happi, la tristesse du Roi Les dossiers 2017 et 2018 créditent Heddy Maalem à la chorégraphie, James Carlès à l’interprétation ; Rachel Garcia et Emmanuel Tussore aux contributions plastiques détaillées dans les génériques. Production compagnie James Carlès ; coproduction/accueil-studio Ballet du Nord–CCN de Roubaix ; soutiens et résidences La Place de la Danse–CDCN Toulouse et La Fabrique. Programme des 5–6 novembre 2018.
Psaumes #3 Projet d’Ali Moini pour et avec James Carlès dans le dossier 2017 ; la notice France 3 associe les deux au champ chorégraphie. Coproduction CNDC d’Angers annoncée ; reportage France 3 à Angers, 2019.

Dans Holy Roller, Tompkins construit un personnage ambivalent qui parle, chante et danse ; le costume se transforme. Dans Happi, Maalem rapporte la demande de solo de Carlès et relie la mémoire familiale, le Cameroun, Bana et le roi Happi à la référence au tableau de Matisse. Pour le troisième volet, Ali Moini formule une recherche sur la force, la pression et les pratiques du sacré. Psaumes — présentation des œuvres par la compagnie.

Le costume se transforme, la voix se risque, le corps rencontre la matière et les contraintes de la scénographie. Chaque collaboration ouvre une réponse différente au sacré. Le projet envisage aussi des installations de Happi dans des musées et des lieux patrimoniaux : le corps pourrait déplacer la rencontre avec l’œuvre au-delà du théâtre.

Psaumes #02 dans le programme du festival de 2018

À Corpus Africana, le programme prévoit un entretien sur Psaumes #02 le 2 novembre, puis les représentations des 5 et 6 novembre. L’œuvre entre dans la recherche par un échange et par la scène. En septembre 2019, la fiche de diffusion de Happi à Porto Alegre documente sa programmation au Brésil.

Variantes des génériques de Psaumes

Le dossier de 2017 porte deux graphies, « HOLLY ROLLER » en page 2 et « Holy Roller » en page 5 ; il annonce le 7 novembre puis les 6 et 7 novembre. Pour Happi, les dossiers de 2017 et 2018 créditent Heddy Maalem à la chorégraphie et James Carlès à l’interprétation. La fiche brésilienne de 2019 attribue à Maalem conception, direction artistique et mise en scène, à Carlès chorégraphie et interprétation. Ces variations appartiennent aux génériques de leurs dates et supports respectifs.

Une autre œuvre : Psaumes Étude n°2

Psaumes Étude n°2, daté de 2015 sur Numéridanse est une œuvre distincte, créditée à James Carlès, consacrée au fait religieux et à la place des femmes. Sa numérotation ne l’identifie pas à Happi. Une notice de teaser associe des métadonnées divergentes : elle ne permet pas, à elle seule, de réunir ces deux objets.

Le parcours

Créer, transmettre, instituer

Les œuvres appellent des lieux, des personnes et des moyens. James Carlès construit la compagnie, le centre et le festival pour créer et faire circuler la création. Depuis cette expérience viennent la transmission et l’institution.

Interprètes réunis sur scène au salut
Lire, voir et explorer les sources

Créer demande un plateau, des partenaires et du temps. À Toulouse, James Carlès construit une compagnie, puis des cadres capables d’accueillir des œuvres, des artistes et leurs recherches. Son éditorial de 2018 situe l’existence de l’association et de la compagnie en 1989, leur officialisation en 1992. Centre, festival et formations prolongent cette nécessité de produire et de faire circuler la création.

L’œuvre institutionnelle a ses tensions propres. Il faut trouver des ressources sans abandonner le projet artistique, accueillir d’autres écritures, organiser le travail et préserver une capacité d’invention. Le management et l’ingénierie culturelle servent cette construction. L’autonomie se travaille dans les choix de production, les alliances et la vie économique du lieu.

Créer, transmettre, instituer : cet ordre engage le projet. Les résidences, les œuvres et les rencontres produisent des expériences qui peuvent ensuite être partagées. Les cours et les formations prennent appui sur ce travail vivant. Les actes du stage de Passeurs de danse de 2018 donnent accès à la réception d’un atelier de Carlès, autour du travail corporel et de la musicalité.

L’arrêté du 20 juillet 2021, Bulletin officiel du ministère de la Culture, p. 60–61 du PDF renouvelle l’habilitation à former au diplôme d’État de professeur de danse, options contemporaine et jazz, pour quatre ans à compter du 1er septembre 2021. Cette pièce documente la période ainsi définie.

Le travail artistique se prolonge dans des formations, des responsabilités pédagogiques et des interventions. Le programme du PSPBB de juillet 2024 inscrit James Carlès dans l’équipe pédagogique du département danse jazz.

Le dossier de diffusion 2023, p. 6 décrit des interventions de James Carlès à Sciences Po Toulouse et Toulouse Capitole sur « Danses et Géopolitique », à Paul Sabatier sur le secteur culturel, à l’Institut catholique de Toulouse sur la posture du manager, la communication non verbale et la gestion des conflits. Ce dossier de compagnie donne les objets de ces interventions.

Un événement précis est annoncé par Toulouse Capitole : la présentation du film Cunningham d’Alla Kovgan par James Carlès. Le programme Du Living Theatre au Théâtre Vibrant décrit une autre articulation entre recherche, pratique et lieu muséal aux Abattoirs.

Comprendre les conditions de l’institution

Dans Métropoles, en 2021, Lionel Arnaud étudie les contre-pouvoirs culturels et leurs rapports aux institutions, entre contestation et adaptation. Cette lecture sociologique permet de travailler une tension présente dans le parcours : créer un lieu autonome tout en négociant avec les politiques publiques et leurs critères de reconnaissance.

La page de Lionel Arnaud au LaSSP, Sciences Po Toulouse, situe ses recherches et leurs réseaux. L’article Les mouvements culturels en faveur des droits culturels… de l’insurrection culturelle à l’action épistémique, de Lionel Arnaud, Léo Fortaillier et Julie Lourau, compare des expériences au Cap, à Salvador et à Toulouse. Il permet de replacer les pratiques culturelles dans les conditions de production et de reconnaissance des savoirs.

Ces analyses mettent au travail les rapports entre création, économie, institution et pouvoir. Elles permettent de discuter les conditions dans lesquelles un centre agit, conteste et compose avec ses partenaires. Chaque texte porte le point de vue de ses auteurs.

James Carlès construit des collaborations avec les institutions et nomme le racisme qu’il y rencontre. Une reconnaissance administrative ne supprime pas les conflits ; la critique des rapports de pouvoir fait partie du travail mené avec les partenaires publics.

Le parcours

Créer des continuités

Après la scène, la trace demeure active. Films, expositions numériques, publications et archives ouvrent d’autres rencontres. Faire circuler ces ressources engage une responsabilité : préserver les œuvres, les noms et les voix.

Visage montré sur un écran
Lire, voir et explorer les sources

Archives, INA, Numéridanse : des fonctions précises

Des pièces de répertoire filmées en 2009 à Danses sans visa en 2015, d’ArtTV en 2018 aux ressources de la WebTV : la conservation des fonds se prolonge par leur mise en circulation.

Un film conservé mais introuvable, un entretien sans index ou une œuvre sans crédit restent difficiles à transmettre. Le problème est l’accès, mais aussi le contexte : qui parle, quelle œuvre, quelle version, quelle date ?

Danses sans visa relie l’histoire des danses à leurs migrations. Conçu par le CDC de Toulouse avec l’INA et le réseau des CDC, le dispositif associe archives audiovisuelles et parcours documentés. James Carlès figure parmi les auteurs des présentations de vidéos, sa compagnie parmi les partenaires. Le film devient une entrée dans l’histoire des circulations et dans les regards qui les ont enregistrées.

Le dossier institutionnel des dix ans de Numéridanse, 2021, mentionne le Centre parmi les contributeurs. Dans les notices de la plateforme, les champs collection, réalisation, conception, production et interprétation permettent de suivre les responsabilités.

Des documents deviennent accessibles hors du lieu et du moment de leur production. La recherche sur la circulation des danses peut elle-même être discutée : Deirdre C. Molloy analyse notamment Danses sans visa dans Conversations, vol. 44, 2025, p. 272–273. Cette référence ouvre une lecture critique des cartes et de ce qu’elles rendent visible ; ses analyses restent attribuées à l’autrice.

James Carlès Danse © 3 ArtTV, réalisé en 2018 crédite James Carlès à la chorégraphie, à la réalisation et à la conception. La présentation publique de JamesCarlès-TV Free et Prestige distingue des contenus courts et des ressources plus développées, selon deux niveaux d’accès éditorial. La brochure 2026, p. 59 présente la VOD et la vidéothèque. Ces offres donnent une forme publique au travail de circulation des images et des savoirs.

Inventer d’autres continuités

L’innovation numérique, y compris les usages de l’intelligence artificielle, participe aujourd’hui à la circulation des savoirs et à l’organisation du travail. Elle reste au service des œuvres, des personnes et de leur mémoire. James Carlès en maintient l’exigence : préserver la singularité des notions, les contributions et la voix de l’auteur.

Les continuités ont des noms : auteurs, artistes, interprètes, chercheurs, passeurs, familles, donateurs, producteurs et personnes qui conservent. Préserver ces noms, c’est rendre possible une rencontre avec leur travail. Une partition peut revenir dans un corps ; un film peut susciter une recherche ; une parole peut aider quelqu’un à reconnaître ce qu’il porte déjà et à lui donner une forme.

Ce qui a été transmis par les lignées, éprouvé dans le corps, créé sur scène et construit dans les lieux ne s’arrête pas à un parcours individuel. L’enjeu est que d’autres puissent y entrer avec leurs questions, leurs nécessités et leurs propres héritages. Qu’ils puissent retrouver une œuvre, contester une lecture, déplacer une pratique, inventer à leur tour. La continuité demande cette liberté autant que la fidélité aux traces.

Tenir debout ouvre alors au-delà de soi : rendre des ressources accessibles, donner des prises à celles et ceux qui viennent, laisser des œuvres et des lieux où une autre présence pourra prendre place. Le geste suivant appartient à un autre corps. Il pourra commencer ailleurs.

Poursuivre : une répétition de Barrel House Blues · l’exposition Les racines de la diversité en danse contemporaine · le programme de Corpus Africana.

Faire Œuvre, faire trace pour tenir debout et créer des continuités.